A l'approche de la date anniversaire de la création de mon atelier j'ai une énorme envie de partager avec vous son histoire.
Les Fées Main 59 ne sont pas nées d’un business plan. Elles sont nées autour d’un café, entre amies, aiguilles en main. Au tout début, j’étais simplement participante à un atelier tricot organisé à la maison, avec quelques copines et une animatrice. Nous avions acheté des kits, laine et modèle, pour réaliser une veste. Tout était prêt. Il n’y avait plus qu’à suivre, apprendre, tricoter… et profiter du moment. Nous avons passé un super moment. Tellement que l’atelier ne s’est pas arrêté là. Pour terminer nos ouvrages, nous nous sommes revues plusieurs fois, toujours autour d’un café, toujours avec les aiguilles à la main. Ce n’était déjà plus seulement du tricot. C’était un rendez-vous, un temps pour soi, partagé.
En en parlant autour de moi, d’autres amies nous ont rejointes. Parfois chez l’une, parfois chez l’autre. Petit à petit, certaines ont dit qu’elles ne savaient pas tricoter et qu’elles aimeraient apprendre. Alors, tout naturellement, j’ai commencé à proposer des séances de cours, à mon niveau, sans prétention, aidée par ma belle-mère, dont le niveau était expert. Débutantes, confirmées, curieuses… chacune trouvait sa place. Très vite, toutes les pièces de la maison y sont passées : le salon, une chambre vide… chaque espace devenait un local improvisé. L’activité prenant de l’ampleur, j’ai fait le choix de déclarer mon auto-entreprise, même si chaque cours était facturé 5 euros. Ce n’était pas une question d’argent, mais une façon de faire les choses sérieusement et dans la légalité.
À cette époque, le projet s’appelait Elles ch’tricotent et compagnie. Un jeu de mots, en version ch’ti. Un nom au pluriel, essentiel pour moi, parce que cette aventure n’a jamais été une histoire solitaire. Le pluriel disait déjà tout : le collectif, le partage, l’entraide, le faire ensemble.
Petit à petit, on m’a aussi demandé si je donnais des cours de couture. L’idée a commencé à me trotter dans la tête. Je cousais déjà des accessoires, pour le plaisir, pour le pratique, pour l’utile. Des créations simples, faites avec les mains. Et là encore, tout s’est enchaîné : les ateliers couture, la vente de mes créations, l’achat de la caravane atelier, puis la participation aux marchés.
J’ai également eu la chance qu’une gérante de boutique locale me fasse confiance très tôt en prenant mes créations en dépôt-vente. Ce n’était pas qu’un point de vente : c’était une vraie reconnaissance, la preuve que mon travail pouvait trouver sa place ailleurs que chez moi. Grace à cette main tendue j'ai commencé à être connue.
Dès le départ, je n’ai jamais été seule. Il y a eu mes bonnes Fées. Des femmes bien réelles, qui m’ont soutenue moralement, techniquement, discrètement. Des petites mains dans l’ombre, essentielles. C’est pour leur rendre hommage que le nom Les Fées Main s’est imposé. Parce que rien de tout cela ne se fait jamais seule même si je suis la créatrice, la cheffe de cette auto-entreprise, j'ai toujours été soutenue pour vaincre mon syndrome de l'imposteur.
À deux moments clés, j’ai aussi fait appel à la solidarité, à travers des cagnottes en ligne. Une première fois pour investir dans mes machines – brodeuse, ScanNCut – indispensables pour développer mes créations. Une seconde fois pour un projet encore plus fou : le chalet. Oser demander n’a pas été simple, mais ces soutiens ont été bien plus que financiers : ils ont été de véritables marques de confiance.
Durant la période du Covid, il n’était plus question de vendre. Il fallait aider. J’ai alors réalisé un très grand nombre de masques en tissu, gratuitement, pour des organismes. Utiliser mes mains et mon savoir-faire là où il y avait un besoin urgent était une évidence. Cette période a aussi contribué à faire connaître mon travail, autrement.
Créer une entreprise n’a pourtant jamais été pour moi une simple lubie ou un loisir. La maladie de mon mari, et l’annonce d’une espérance de vie diminuée, m’ont profondément fait réfléchir. J’avais besoin d’une activité qui me permettrait, si nécessaire, de me reconvertir, de rester plus souvent à la maison à ses côtés, de gérer mon temps. Ce parcours autour de sa maladie m’a appris à lâcher prise, y compris dans mon métier d’enseignante, pour lequel j’ai pris plusieurs années à temps partiel afin de l’accompagner. Aujourd’hui, même si la situation va mieux, l’entreprise me permet encore de souffler et de trouver un équilibre. Je n'ai pas abandonné l'idée de me reconvertir juste avant ma retraite .
Avec le temps, la caravane est devenue trop petite, moins adaptée. Les marchés ont peu à peu disparu, et se déplacer pour vendre n’avait plus vraiment de sens. C’est là que l’idée du chalet est venue. Un lieu fixe, à taille humaine, pour accueillir, créer, transmettre, réparer, discuter. Un point d’ancrage évident.
Il y a aussi eu la création de mon premier site internet, grâce à une amie webdesigner, puis le suivant plus simple mais que j'ai pris seule en main . Il y a eu ma rencontre avec Charlotte et mon deuxième dépôt vente dans sa boutique. Entre nous cela a été très vite spécial et très riche , elle m’a accompagnée dans le développement marketing : structurer, mettre des mots, faire rayonner ce qui s’était construit intuitivement. Un journaliste s’est également intéressé à mon parcours et a publié plusieurs articles sur mon atelier, à différents moments de son existence, comme autant de traces du chemin parcouru.
Aujourd’hui, avec le recul, je réalise que rien n’a été forcé. Tout s’est construit pas à pas, au rythme des rencontres, des besoins et des choix de vie.
Les Fées Main 59 sont nées comme ça : dans le pluriel, dans le fait main, dans la confiance,



